Quelques fois seule.

J’ai peur. J’ai peur des gens. J’ai peur de vivre. J’ai peur de mourir. J’ai peur d’être seule entourée de gens. J’ai peur de me perdre. J’ai peur de ne pas savoir quoi faire. J’ai peur de survivre. J’ai peur d’être abandonnée. J’ai peur d’abandonner celleux que j’aime. J’ai peur d’aimer des gens. J’ai peur de les haïr. J’ai peur d’être aimée. J’ai peur d’être détestée. J’ai peur de faire ce que j’aime. J’ai peur d’être forcée à faire ce que je n’aime pas faire. J’ai peur d’écrire. J’ai peur de mon corps. J’ai peur que mon corps ne suive pas mon esprit. J’ai peur de mon esprit. J’ai peur de ne plus réussir à penser. J’ai peur de ne pas réussir à m’arrêter de penser. J’ai peur de la vie. J’ai peur de comprendre le monde. J’ai peur du monde. J’ai peur de ne plus réussir à voir. J’ai peur d’écrire. J’ai peur de ne plus réussir à faire les choses. J’ai peur du vide. J’ai peur du désordre. J’ai peur de l’ordre. J’ai peur d’être loin de chez moi. J’ai peur d’être chez moi. J’ai peur de disparaître. J’ai peur qu’on ne me voit pas. J’ai peur qu’on me voit. J’ai peur d’oublier. J’ai peur de ne pas me souvenir. J’ai peur de la douleur. J’ai peur de ne plus rien ressentir.

J’aimerais bien qu’on me laisse tranquille à essayer de ne plus survivre pour enfin réussir à vivre une vie qui me plait. Laissez moi survivre comme je l’entends, je n’ai pas besoin qu’on me donne des conseils pour vivre ma vie. C’est déjà suffisamment compliqué de vivre dans ce monde incompréhensible et effrayant. Tout va trop vite, tout fait trop de bruit. Je veux juste marcher lentement en échappant au brouhaha, quelques fois seule, quelques fois accompagnée. Tranquillement.

Je n’ai pas envie de comprendre ce monde, il est trop bruyant, trop terrifiant. Je n’ai pas envie d’en faire partie, je suis bien dans mon monde à moi. Tranquillement. Quelques fois seule, quelques fois accompagnée.

Laissez moi tranquille, je me gère aussi bien que possible. Je survis avec moi même depuis assez longtemps, je sais ce que je fais. Arrêtez de faire semblant d’en avoir quelque chose à faire en me disant quoi faire. C’est déjà suffisamment compliqué comme ça de survivre et de s’occuper de soi.

Laissez moi survivre. Ca va, je gère.

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La plénitude.

Il fait encore nuit. L’extérieur est calme. Pas de mouche aux fenêtres. Je suis seul, lové dans mon fauteuil. J’aime beaucoup ce fauteuil. Je baille. Il est encore tôt, j’en suis sûr. Elle dort encore, étalée dans son lit. J’aime beaucoup ce lit. Soudain, une odeur. Troublante. Mais oui, j’en suis sûr. Mon estomac se serre. Cette odeur. Cela faisait si longtemps. Je pensais ne plus jamais la sentir. Elles me manquent tellement, je ne m’en étais pas rendu compte. Je regrette néanmoins l’absence de leur chant, mélodieux, qui me donnait toujours des frissons jusque dans le bout de la colonne vertébrale. Oh ! Il faut que je les rejoigne. Il faut.
Je me lève, vite. M’étire rapidement pour effacer tout reste de sommeil dans mon corps. Ah ! Vous me manquiez tant mes chéries ! Je m’approche, je les sens de plus en plus forte. Je ne peux plus rien contrôler. Il me les faut. Maintenant.
Ah ! Elles sont là. Belles. Presque rangées et assorties. Elles me regardent avec amour. Je le sais. Je fond en elles. Ah ! Si peu. Vous êtes si peu. Où êtes vous passées ? Ah ! Revenez !
Panique.
Elles ont pratiquement toutes disparues. Pourquoi m’avez-vous quitté ? Je suis si triste. Mon estomac est noué. Je souffre.
Il me faut aller la voir. La réveiller. Lui expliquer mon désarrois. Elles sont parties. Ma vie est fade. Je pleure devant les quelques restantes. Et elles pleurent avec moi. Réveille-toi ! Aide-moi ! Sauve-moi ! Je l’appelle.
Elle ne répond pas. Grogne tout au plus. Je l’appelle encore. Pas de bruit.
Il est à coté d’elles. Il m’observe. Je suis certain qu’il les a cacher. Je lui demande, mais il ne répond pas. Il ne répond jamais. Je l’attaque, saute en son sein, et tente de regarder à l’intérieur. Il vacille. Ses cris résonnent sur le carrelage. Il se répand un peu sur moi et le sol, mais n’explique aucune des disparitions. Au loin, je l’entends, elle. Elle bouge, je crois. Je l’attends. Elle saura m’aider. Elle le fait toujours. Puis, impatient, je décide finalement d’aller à sa rencontre. Il serait dommage de la manquer. Je m’approche de son lit. Elle s’assoit et me regarde. Souffle. Elle semble apaisée. Grogne. J’attends. Je pose ma tête contre elle. Souffle. Puis elle bouge. La couette, ma douce amie, vole à l’autre bout du lit. Elle pose les pieds au sol. Grogne. D’un pas lourd et gracieux, elle se dirige vers elles. Je lui montre le chemin tout de même. Elle les regarde. Et jette un regard vers moi sans rien dire. J’aime lorsqu’elle me regarde et qu’elle. Grogne. Elle a compris, je crois. Ah ! Elle sait. Elle connait leur repère. Sa main pousse la poignée de la porte de la cuisine. Ah ! Elle s’approche de leur repère. Je le sens. Mon estomac frétille de bonheur. Sa main plonge. Ah ! Elles sont là ! Oh ! Mes chéries ! Elle s’approche de leur place habituelle, délaissée et les verse. Oh ! Cette odeur !
Oh !
Je m’en vais les voir. Leur dire tout ce que j’ai sur le coeur. Je gémis de bonheur tout en communiant avec elles. Elle s’en retourne dans son lit, après m’avoir tapé fraternellement le dos. Je l’aime tellement quand elle me sauve et me rapporte mes chéries. Un nouveau gémissement de plaisir s’échappe de moi.
La plénitude.Albert von Schrenk-Notzing1

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Je pourrai écrire. Écrire tout ce qui me passe par la tête. Tout. Toutes ces idées, tous ces récits qui n’existeront jamais. Je pourrai écrire. Passer mes journées crayon au poing à remplir les lignes violettes et bleues de mon écriture. Je pourrai. Je pourrai étaler tout ça. Remplir et vider. Je pourrai faire de tout cela quelque chose. Rien.

Je pense trop vite et n’écris pas assez. Vite. Et rapidement j’oublis tout ces mots inlassablement invisibles.

Je pourrai écrire à l’infini. Je pourrai te parler de ma vie, de mon Vide et de mon Rien. Ou de mon chat. Ou de ma contemplation de la vie qui passe devant mes yeux.

Je pourrai.

Mais j’ai la flemme.

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La première fois était surprenante.

Φ

10 heures. La première fois que tu perces ce film de peau tu penses que tu es en enfer, que la douleur que tu ressens c’est elle l’enfer. La lame coupe doucement ta peau fine et parfaite et tu penses ressentir l’enfer. Puis le sang coule, et si tu as un peu de chance tu finiras par te sentir partir plus ou moins paisiblement. Tu fermeras les yeux et tu penseras au vide qui commence à t’habiter et tu te diras que, finalement, c’était pas si compliqué.

12 heures 35. Puis tu ouvriras les yeux. La lumière t’agressera un peu la rétine et tu grimaceras. Ils seront là, tous ceux qui pensent t’aimer et peut-être un médecin ou une infirmière ou deux, pour faire semblant de te surveiller et de te contenir.

 Φ

Chaque fois tu lacéreras un peu plus la surface de ta peau en espérant retrouver quelque chose, retrouver ce rien, cet espèce de vide qui est devenu toi. Chaque fois tu repenseras à cette première fois et à ce qui l’a déclenché. Tu repenseras à ce que tu avais ressenti. Chaque fois tu fermeras les yeux et tu te laisseras emplir de ce vide que tu désires tant. Et chaque fois, ils seront là lorsque tu ouvriras les yeux, la lumière se fera un peu plus violente, à chaque fois, et eux seront de moins en moins. Cette fois là, ils ne viendront pas. Ils ne te comprennent pas, et tu ne veux plus les comprendre. Cette fois là ne sera pas vraiment différente de toutes les autres fois, mais cette fois là tu seras en enfer. Pas l’Enfer des livres de mythologies mais l’enfer sur Terre. L’Enfer de la vie.

Φ

5 heures 17. Tu as ouvert les yeux et tu ne sais plus. Il fait encore nuit et la lumière te brûle. Chaque pensée te fait plonger un peu plus dans l’incompréhension. Tu ne sais plus où, ni quand, ni qui tu es. Tu ne sais plus ce que tu es ou ce que tu étais avant. Tu es étendu là, et tu n’es plus rien. Tu es un condensé de vide presque humain et d’ennui de la vie.

5 heures 25. Tu auras essayé de fuir, de bouger un membre du moins. Mais tu n’auras pas pu. Ton corps ne bouge pas, il refuse de se soumettre à toi tout comme ces sangles qui t’empêchent de te soumettre à toi et au vide que tu attends depuis trop longtemps. Mais pas ce vide là, pas celui qui tu as atteins sans le vouloir. Le vrai vide, le vide que l’on ressent lorsqu’on plonge sa tête sous l’eau, qu’on ferme les yeux et qu’on attends qu’il ne se passe plus rien. Bien sur il ne se passera plus rien. Tu ne peux pas bouger ni vivre comme avant. C’est trop tard, il fallait y penser avant, ils te diront.

6 heures 03. Tu n’essayes plus de fuir, tu as compris. Tu es vide et enfermé. En fait tu ne comprendras que plus tard à quel point tu es perdu maintenant. Il est déjà trop tard pour faire machine arrière. Au fond de toi tu ne sais même pas pourquoi il est trop tard. Immobile et les yeux grand ouvert, tu attendras qu’il se passe quelque chose. N’importe quoi.

Φ

Il s’en passera du temps avant qu’il ne se passe la moindre chose. Le soleil se lèvera, te brulera à travers les murs blancs que tu ne distingues pas encore. Tu attendras, tu ne le sais pas encore, mais c’est à ça que tu passeras tout le reste de ta vie. Attendre quoi ? Tu le ne sauras jamais. Il ne se passera jamais rien. C’est dommage, tu ne t’en rendra jamais compte.

Φ

6 heures 30. Peut-être qu’il se passera tout de même des choses. Ces choses de la vie, insignifiantes et futiles que tu haïssais déjà avant. Il ne restera plus qu’elle désormais. A ce moment là, précisément, on ouvrira une porte qui te semblera être à des milliers de kilomètres de toi, la lumière te brulera, pour de vrai cette fois. Tu fermeras les yeux et tu souffleras en espérant que ça passe plus vite. Les yeux clos tu verras à travers tes paupières des ombres venir vers toi dans la lumière devenue omniprésente. Puis tu les sentiras contre ta peau. Ca ne sera pas agréable, au contraire. Ils poseront leurs mains latexifiées sur ton corps, sur tout ton corps. Quelques fois ils te libèreront, te permettront d’avoir un semblant de liberté, de pouvoir bouger un peu, trop peut. D’autres fois ils t’emprisonneront à nouveau, et planteront des aiguilles sous ta peau pour essayer de te contrôler, toi, ton corps et tes pensées. Cette fois là, ce ne sera que pour vérifier. Vérifier quoi, tu ne le sauras pas. Ils ausculteront ta peau, tes veines, tes muscles et ton visage. Appuieront ça et là, « pour voir ».

6 heures 45. Ils ne t’adresseront la parole qu’à ce moment là, sans politesse, ils te rappelleront tout ce que ton vide à fait semblant d’oublier afin d’être vraiment vide. Lorsque tu comprendras où tu es tu paniqueras. Machinalement tu te lèveras de ton lit, tes pieds essayeront de te porter en vain. Tu t’écrouleras dans un grognement. Peut-être que cette fois là tes jambes résisteront à ton corps et tu te tiendras devant eux. Tu seras debout, habillé par leurs soins, devant eux et leurs tenues blanches, dans cette pièce étrangère. C’est un mélange de peur, de violence interne et de haine qui t’habiteras et tu laissera tout sortir sans te contrôler. Tu ne feras pas vraiment attention. Après avoir hurlé tes tripes et essayer de fuir, pour de vrai cette fois, ils t’attraperont. Alors tu les frapperas sans le vouloir et tu signeras la fin de tout ce que tu aurais pu espérer.

6 heures 51. Tu sentiras la douleur. Ils t’attraperont et seront plus fort que toi. Alors ils feront en sorte de te calmer. Une piqure et au lit.

10 heures 38. Lorsque tu reprendras tes esprits, tout sera redevenu comme avant. Pas l’avant tout, mais avant. Tu r’ouvriras les yeux et tu auras les mêmes réflexions internes, les mêmes incompréhensions. Puis tu te ressouviendras. De l’avant, et de juste avant. Tu te rendras compte que cette fois tu ne peux plus bouger, vraiment plus. Pas seulement à cause des médicaments qu’ils t’auront donné.

Tu ne le sais pas encore mais au fur et à mesure que tu tenteras de fuir de ton corps attaché au lit, tu marqueras un peu plus ta peau. Toutes les cicatrices que tu as sur le corps ne disparaitront pas, et à chaque infime moment où tu auras la possibilité de les r’ouvrir tu le feras. Et à chaque fois tu seras ramené sur ton lit, qui, tu t’en rendras compte très bientôt, deviendra ton cercueil d’être presque-vivant. Tu resteras là, sans pouvoir bouger, à attendre que ton corps se décide à partir sans toi.

Φ

Cet infini durera peut-être une semaine, peut-être beaucoup plus. Pour toi cet infini ressemblera à un instant fixe, sans mouvement. Le temps s’est arrêté pour toi. Ta vie est sur pause, et tu chercheras tout le reste de cette vie de vide à la relancer, à refaire s’écouler le temps sans que cela soit possible.

Ta vie ne sera plus qu’une succession d’instants, tous identiques, tous déplaisants, et tu n’auras plus aucune influence sur elle. Tu deviendras le spectateur de ta vie, sans que tu puisses décider quoi que ce soit, ni partir lorsque ce spectacle sera devenu lassant. Tu perdras toute notion du temps. Tout instant sera blanc. Comme la lumière qui te brule un peu plus les yeux chaque jour. Comme ces murs, ce sol et ce lit qui sont devenu ton quotidien. Tu ne sortiras pas. Le monde n’existera plus. Il ne restera que cette pièce blanche. 

Φ

Il faudra trois ans. Un peu plus, un peu moins, tu t’en fiches, cela n’a plus d’importance.

 Φ

Trois ans plus tard, tu seras toujours vide et dans l’incapacité de te mouvoir. Peut-être qu’ils verront une lueur étrange dans tes yeux, ou peut-être, simplement, comprendront-ils qu’il est enfin temps que tout s’arrête ici. Alors ce jour-là tu quitteras cette pièce blanche et vide comme toi. Il n’y aura plus aucun endroit où tu auras envie d’aller, alors que tu auras passé tout ce temps à t’espérer ailleurs. La notion de chez toi n’existera plus. Alors peut-être, tu laisseras tomber ton corps dans une chambre payable à la journée et y resteras un temps, à essayer de comprendre, à essayer de te souvenir de ces trois années derrière toi pour de bon. Tu n’y trouveras que ce vide, qui te qualifiait là-bas et qui est venu avec toi, et qui, quoi que tu fasses ne te quittera pas. Un peu plus tard, tu écriras ce vide, parce qu’il t’aura donné un nouveau besoin. Ton seul besoin désormais : le vider sur le papier, par tous les moyens. Tes mots se feront glacés, puis lorsqu’ils seront tous sortis, tu recommenceras ce que tu as toujours fait.

Φ

La première fois était surprenante. La dernière fois, tu ne seras pas surpris, tu l’attendais. Puis tu ne seras plus du tout. La dernière fois ils seront tous là, hypocrites, à croire que c’est ce que tu aurais voulu. Ils resteront peu de temps à contempler ton nouveau chez toi, où tu demeureras pour l’éternité. Tu resteras vide mais tu ne seras plus là pour t’en rendre compte.

 Φ

Bien sur, elle, elle restera là et sera un peu plus vide qu’avant. A n’avoir été que trop présente. Elle deviendra toi sans que ni elle ni toi ne vous en rendiez compte. Elle rendra tes mots vides matériels et ils deviendront quelque chose, qu’elle ne comprendra jamais, mais qui, au fond, n’a pas besoin d’être compris.

Φ

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Il ne lui avait pas demandé son avis.

Il ne lui avait pas demandé son avis. Il lui avait tourné autour quelques jours essayant de comprendre son fonctionnement et il avait agit. Lorsqu’elle l’avait rencontré elle l’avait trouvé sans âge, hors de cette époque, sans vraiment y prêter attention.

Il ne lui avait pas demandé son avis. Elle ne s’était pas débattue lorsqu’il avait posé sa main sur sa bouche délicate ni lorsqu’il avait plongé ses crocs dans sa gorge perçant sa peau fine de deux demi cercles.

Il ne lui avait pas demandé son avis, et doucement elle sentait son sang la quitter. Elle se vidait de l’intérieur comme aspirée. Lorsque son coeur s’arrêta, ses mains saisirent le corps de son assaillant. Elle tentait de se dégager de lui mais elle était sans force. Sans vie.

Tandis qu’il la relâchait, ses yeux sans vie restaient fixes. Le mur derrière lui, d’un blanc maculé semblait devenir vivant autant qu’elle ne l’était plus. Les taches qu’il comportait donnaient l’impression de raconter leur histoire. Elle sentait vivre ce mur et avec lui tous les objets de la pièce( qui était dans son champ de vision. ) Le bureau en bois ancien était redevenu forêt pour ces yeux. Chaque centimètre carré était maintenant secouer par une nouvelle vie étrange.

Il ne lui avait pas demandé son avis, mais il la regardait changer. Il observait ses yeux qui n’était plus maintenant d’un beau vert vif. Ils s’étaient assombris à mesure qu’elle percevait la vie de la pièce. Son iris ressemblait à une bille d’un noir profond sans motif qui semblait transpercer tout ce qu’elle observait. Il savait ce qu’elle était en train de vivre et attendait patiemment qu’elle reprenne conscience.

Elle était entre fascination et terreur.

Il ne lui avait pas demandé son avis lorsqu’elle se mit à trembler violemment. Son corps tomba au sol dans un bruit sourd. Elle était consciente sans pouvoir ni bouger ni parler.

Son estomac se mit alors à trembler lui aussi. Elle le senti se contracter douloureusement et sans un cri se vida par sa bouche d’un seul coup. Son déjeuner se déversa sur le tapis. Elle se figea. Ses yeux toujours immobiles fixaient le tapis souillé.

Dans sa bouche, elle sentait le reste de son repas se changer en une symphonie de gouts qu’elle découvrait pour la première fois. Ses sucs gastriques dansaient sur sa langue. Elle redécouvrait la saveur des aliments qu’elle avait ingéré quelques heures plus tôt.

Elle savourait cet instant autant par les yeux que par la bouche. Son vomi sur le tapis à peine digéré semblait lui conter la vie vécue des aliments, de leur arrivée dans les mains d’un agriculteur à leur transformation en plat par ses soins un peu avant. Les gouts et cette vision lui plaisait, elle souhaita un instant demeurer ainsi à tout jamais.

Il ne lui avait pas demandé son avis. Elle ne s’en souciait pas encore. Elle ne cherchait pas à comprendre. Elle n’était plus qu’un simple corps plein de sensations.

Sa vision et ses gouts symphoniques cessaient brusquement. La douleur. Elle ne l’avait pas encore ressentie, même lorsque les crocs de cet homme étaient entrés en elle. Mais elle était maintenant présente et très violente. Ses mains, ses ongles, ses os l’auraient fait hurler si seulement elle pouvait. Il n’y avait plus de vie dans ce corps, aucune parole ne pouvait pour l’instant en sortir.

Il ne lui avait pas demandé son avis et il la regardait, il regardait ses os se renforcer, ses muscles se développer. Il ne ressentait rien. Ses os craquaient inlassablement dans d’atroces sons.

Elle aurait voulu mourir pour ne plus souffrir. Ne savait-elle pas qu’elle l’était déjà ? Alors qu’elle espérait, elle senti ses ongles pousser. Trop vite. Ils étaient des griffes acérés et sombres comme ses yeux.

Plus plus rien. La douleur disparu aussi vite qu’elle était arrivée. Ses yeux contemplaient à nouveau le monde. Mais cette fois, son odorat et son ouïe accompagnaient cette symphonie contemplative. Son nez, comme sa bouche un peu plus tôt, redécouvrait les effluves du vomi. Elles étaient merveilleuses de nouveauté. Tout cela n’était pas forcément agréable mais cette découverte pleine d’innocence. Elle ressentait sans le savoir ce qu’un nouveau né ressentait lorsqu’il rencontrait le monde hors de sa mère, avec cette innocence crédule et émerveillée. Tout semblait beau parce qu’elle l’appréhendait pour la toute première fois.

Ses rêveries interrompirent. Elle entendait. Elle ne savais pas quoi. Il y avait une respiration, elle en était certaine. Surement celle de l’homme assis à coté d’elle. Mais il y avait quelque chose d’autre. Quelque chose de plus fort. Un grouillement, un fourmillement incessant. Celui de la ville, elle n’en était pas sure. Elle ressentait quelque chose d’autre.

Ce grouillement était différent de celui que l’on peut s’imaginer entendre en ville. Ses yeux se recentrèrent sur le tapis et ses fils. Sans qu’ils ne bougent, ses yeux se mirent à voir la vie du tissage. Les fils et les couleurs dansaient devant ses yeux, s’enroulant dans son esprit, se nouant et recréant dans son être le motif du tapis sur lequel elle était étendue.

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