Sakizuke

Je n’ai jamais bien aimé les présentations. Souvent elles donnent une première idée, une première impression, certes, avec l’importance qu’on lui connait. Mais tout de même. Ça serait mâcher le travail, ça serait influencer le lecteur puisque je donnerais mon point de vue sur ma personne. Et cela me déplait. Je ne peux pas être objectif, par définition, quand ça concerne mon petit moi. J’ai pensé un instant faire une introduction sous la forme d’un profil de site de rencontre. Ou pire, ne donner de moi qu’une description physique. Ça aurait été une bonne mise en bouche, aussi inutile et vague que les maigres textes que j’ai en tête de poster ici. Des petites nouvelles. Des contes à la limite, plus des anecdotes d’un autre monde, le mien. Avec la portée philosophique d’une poignée de gravats, l’atmosphère d’un dimanche matin avec la gueule de bois au bord de l’autoroute, la finesse incomparable d’un danseur parkinsonien et la longueur en bouche d’un bœuf bourguignon en boite. Oui, lecteur, tu vas pas t’emmerder. Enfin si un peu mais il ne tiendra qu’à toi de juger. Parce que moi, je te jugerai. Tachons de remettre un peu de vie ici, quelle que soit sa forme.

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Sibyllindigestes ?

 

Indigestes.

Il fut un temps où Indigestes et l’Indigestion Chronique n’était que moi, seule devant ma feuille avec mon bic quatre couleurs – orange, pas bleu. La pointe est plus fine, je préfère. Puis le conseiller Polemploi m’a piqué le bleu. Mécréant !

Indigestes s’ouvre.

Non pas au monde, ce n’est pas possible, je ne le supporterai pas. Mais Indigestes (ou plutôt l’Indigestion Chronique) s’ouvre à l’autre. Pour le meilleur du pire. Il n’est pas Indigestes. Je suis seule Dieu de l’Indigestion. Il est Sibyllin.

Siblings ?  Sibyllin.

 

(…)

 

Mécréant !

 

sibyllindigestes

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Ligne de flottaison.

Tu ne sais plus quand tu avais commencé. Tu aimais rester assis de longues heures à observer le vide des gens devant toi. Au fur et à mesure de tes explorations visuelles, toujours assis au même endroit sur ton banc au milieu du parc, tu as fini par distinguer. Tu auras mis du temps à savoir quoi, mais tu auras toujours été ravi de ce qui défilait sous tes yeux.
Puis tu as compris que c’était elle que tes yeux distinguaient le plus. Presque sans faire attention tu notais mentalement ses actions, ses mimiques et chacun de ses traits. Tu venais tous les jours depuis presque un an avant de commencer à comprendre ce que tu cherchais vraiment du regard, jour après jours pendant des heures. Tu restais là, fixe sur ce banc et tu attendais. Tu n’avais même pas fait attention à elle la première fois, puis tes yeux s’habituèrent à la voir là, toujours aux mêmes endroits chaque jour.
Tu voulais savoir la raison de sa venue sans oser aller lui parler, et pas seulement parce que c’tait interdit.
Alors tu restais captivé des heures à ajouter chaque détail de son corps à ta mémoire et chaque soir tu la faisais danser dans sa grande robe blanche, pour toi, rien que pour toi, durant des heures et tu t’endormais heureux.

Elle était frêle, tu avais presque peur de l’abîmer en la regardant avec autant d’insistance, mais tu ne pouvais plus te passer de sa présence. Des heures durant, elle restait fixe, debout à regarder les arbres du parc qui formaient une limite naturelle avec le reste du vrai monde. Puis lorsque ces arbres avaient fini de lui dire leurs rêves, elle s’en allait observer l’eau de la fontaine. Il n’y avait plus de poissons depuis que tu les avais empoisonnés avec tes médicaments, mais elle semblait ne pas y prêter attention et leur racontait tous ses désirs de voyages.
Certains jour de vent, ses longs cheveux noirs s’entortillaient sur son visage pâle et chahutaient avec les gouttes d’eau perdues de la fontaine. Sa longue robe blanche la rendait spectrale et faisait frissonner tout ceux qui, silencieusement, comme toi, l’observait.

Tu redoutais l’hiver. Avec son épaisse couche neigeuse, plus personne ne pouvait aller dans le parc comme habituellement en été. Heureusement certains des infirmiers autorisaient une courte sortie, histoire de prendre un peu l’air.
Ce jour-là il faisait particulièrement froid mais ensoleillé, la neige brillait au soleil. Tu avais atteint ton banc et la cherchais déjà du regard, sans même t’en apercevoir. Tu la vis avant eux. Tes yeux avaient maintenant l’habitude de ne voir plus qu’elle. Elle n’était pas à sa place. Elle ne contemplait pas la haie d’arbres ni son amie la fontaine. Elle était debout, face à toi, mais trop loin pour te remarquer vraiment. Son corps flottais sur le balcon du cinquième étage. Ses cheveux et sa robe semblaient se débattre dans le vent. Elle frissonnait. C’était bien normal par ce temps et elle était si peu couverte. Tu avais froid pour elle et tu aurais aimé pouvoir la réchauffer dans tes bras.
Tu fus le seul à la voir s’élancer dans les airs. Elle flottait depuis tellement longtemps, un peu plus à chaque brise, que tu ne trouvais même pas cela étrange.
Bien sur elle ne flottait pas. Son corps s’écrasa mollement dans la neige immaculée. Comme personne ne semblait la voir, tu te levas enfin de ton banc et tu allas l’enserrer de tes bras. Elle était déjà si froide, il te fallait la réchauffer. Tu glissas tes mains sous sa tête et son dos et tu l’enlaças. Elle était toujours gelée à cause du froid ambiant mais en toi montait une chaleur nouvelle qui te fit chavirer. Tu l’embrassas et te couchas tout contre elle en lui tenant la main. Elle était enfin tienne. Pour toujours.

[08-09-12]

Φ

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Les autres fois.

Je vomis les mots comme ce trop plein de nourriture qui sort quelques fois par erreur. L’écriture est comme un aliment. La photographie n’a rien à voir là dedans. La nourriture est complexe. Elle est ma pire ennemie et ma plus grande alliée. Elle remplie une partie de mon vide interne, la plus grande partie. Mon estomac appelle. Je le soigne en ingurgitant tout ce que j’ai sous la main et qui est plus ou moins comestible. Puis mon estomac me hante et me dis que je ne dois pas tout ingurgiter comme ça. Alors j’attends mon prochain vide. Et je le laisse me ronger de l’intérieur avec ses grognements sourds qui sortent de mon ventre quelquefois lorsque j’attends trop avant de ré-ingurgiter. Si on attend encore un peu, les grognements cessent, et la faim s’apaise toute seule. Comme si le corps avait trouvé un recoin interne plein de nourriture et l’avait englouti. Alors, par l’écriture, je régurgite ce que mon corps a englouti tout seul, sans moi. Quelquefois ça ne donne rien, parce que ces fois-là mon corps n’a pas assez mangé sans moi. Les autres fois.

[05-10-12]

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Ce constat énervant.

Ce constat que tu fais tous les ans à la même époque. Un corps vieillit, un peu comme une chute lente et interminable où minablement tu t’écraseras à la fin. Alors en attendant ce point final tu contemples tout ce qui entoure ta chute, tu essayes de distinguer les choses, tu essayes de te distinguer de tous ces autres qui comme toi chutent, plus ou moins à ton niveau, plus ou moins à ta vitesse. Il y en a toujours une partie qui chute un temps à tes cotés et puis d’un coup il semble que sa chute s’arrête avant la tienne, parfois même bien avant que tu ne puisses seulement distinguer le fond, la fin de ta chute. Alors tu regardes un peu vers le haut en le cherchant et tout ce que tu vois c’est tous ces autres qui eux aussi chutent au dessus de ta tête. Il y en a qui essayent de s’agripper sur les bords que tu contemples en tombant. Ceux là espèrent arrêter la chute, ou au moins la ralentir un moment. Ils sont au final comme un morceau de suie accroché sur la paroi de la cheminée, ils vont finir par tomber bien plus vite qu’ils ne le pensent, et en bas la collision est toujours la même, plus ou moins violente, plus ou moins espérée.
Tous les ans à la même époque tu passes devant un chiffre, toujours différent qui te prévient que tu te rapproches inévitablement du bas et en même temps te re-situe, comme les chiffres dans les cages d’escalier, comme pour te rappeler que tu n’as gravi que trois étages et qu’il t’en reste encore autant.

[24-10-2011]

Ω

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